top

RECITS

1-Un devoir difficile

J’avais neuf ans et j’étais élève de mon père… Il nous avait donné comme sujet de composition française à faire à la maison : « Quelle carrière aimeriez-vous embrasser ? Pourquoi ? »
J’étendis sur la table de la cuisine une double page de journal, déballai minutieusement mon attirail d’écolier et me mis à rêvasser… Pour moi, une carrière était un grand trou taillé dans une colline.
« Ne suce donc pas ton porte-plume ! dit ma mère. Tu vois bien que tu avales toute la peinture !... Tu n’as encore rien écrit ! Mais réfléchis donc !... Voyons, quelle sorte de carrière voudrais-tu avoir ?
-Une petite. »
« Ce n’est pas une réponse, ça ! De quel genre la voudrais-tu ?
-Près de la rivière !
-Tu voudrais être pêcheur ?
-Non.
-Alors, quel métier voudrais-tu avoir ? »
J’essayai plusieurs professions. Je proposai « chauffeur de locomotive », mais ma mère n’était pas d’accord. Il y a des risques d’accidents et trop de linge à laver…
Que dirais-tu d’être un jour pharmacien ? Tu aurais une blouse blanche, un magasin bien propre… » Cet avenir ne me plaisait pas. Cela sentait l’éther, la maladie…
Finalement, ma mère me donna l’ordre de décrire dans ma rédaction les avantages d’un métier que je connaissais bien, celui d’instituteur. 

                                                                              Jean L’HOTE. La Communale. Editions du Seuil.

Expression:
-Quel est le métier de ton rêve ? Fais le récit de ce rêve en racontant les vœux que tu désires concrétiser.

2-Pauvre bengalis !...

Elisabeth tenait sous son bras droit un gros paquet et, sous son bras gauche, une petite cage en bois où s’agitait un oisillon grisâtre au bec rouge. « C’est un bengali ! dit-elle. N’est-ce pas qu’il est beau.
- Le fait est qu’il est ravissant, dit la grand-mère. Où l’as-tu acheté ?
- Je ne l’ai pas acheté, dit Elisabeth. Il y avait au marché un bonhomme qui offrait un bengali en prime à toute personne qui lui prendrait deux kilos d’encaustique… »
Mais le petit oiseau était bien à l’étroit dans sa boîte… Aussi, à six heures du soir, Elisabeth revint, rose de joie, et les bras chargés de paquets. Elle rapportait une cage à barreaux argentés, des graines de toutes sortes, une mangeoire perfectionnée et un abreuvoir dernier modèle. Elle extirpa le bengali de sa boîte, le baisa sur sa tête ronde, et le lâcha dans sa nouvelle demeure.
Dès le lendemain, cependant, elle constata que le captif s’ennuyait. Le plumage terne, l’œil à demi clos, il ne bougeait plus de son perchoir. De toute évidence il lui fallait un compagnon. Elle attendit le marché suivant et en rapporta un second bengali et deux autres kilos d’encaustique…
Au lieu de se distraire l’un l’autre, les deux bengalis unirent leur tristesse. Un soir, Elisabeth trouva un petit cadavre, aux pattes raides, couché sur le flanc, près de la mangeoire. Elle l’enterra tristement dans le jardin et redoubla d’affection pour le suivant. Il mourut, lui aussi, quarante-huit heures plus tard…
Chaque jour, Elisabeth contemplait avec dépit le perchoir vide. Une si belle cage et personne pour l’habiter !
Alors, elle fit l’acquisition d’un couple de serins jaune d’or, au ventre rebondi. Les nouveaux pensionnaires mangeait voracement, se baignaient, se becquetaient, se chamaillaient parfois. Dès qu’on jouait du piano, le mâle chantait à tue-tête. Et la vie revint derrière les barreaux.

                                            D’après HENRI TROYAT. Tendre et violente Elisabeth. Editions Plon.

Expression:
-Un oiseau en cage se plaint de sa liberté perdue. Fais le récit de ses lamentations.

3-Premier janvier

C’est le jour de l’An. Il neige. Poil de Carotte saute du lit, va se débarbouiller, sans savon, dans l’auge du jardin. Elle est gelée. Il doit en casser la glace.
Le voilà prêt pour la cérémonie. Il se place derrière son grand frère Félix, qui se tient derrière sœur Ernestine, l’aînée.
Tous trois entrent en cuisine, Monsieur et Madame Lepic viennent de s’y réunir sans en avoir l’air.
Sœur Ernestine les embrasse et dit : « Bonjour papa, bonjour maman, je vous souhaite une bonne année, une bonne santé, et le paradis à la fin de vos jours. »
Grand frère Félix dit la même chose, très vite, courant au bout de la phrase, et embrasse pareillement.
Mais Poil de Carotte sort de sa casquette une lettre. On lit sur l’enveloppe fermée : « A mes chers parents »… Poil de Carotte la tend à Mme Lepic, qui la décachette… « Et moi, dit M. Lepic, je n’ai rien !
- La lettre est pour vous deux. Maman te la prêtera… »
On distribue les étrennes. Sœur Ernestine a une poupée plus haute qu’elle, et grand Félix une boîte de soldats de plomb, prêt à se battre.
« Je t’ai réservé une surprise, dit Mme Lepic à Poil de Carotte. » Elle ouvre le buffet. Elle enfonce son bras jusqu’à l’épaule, et lente, mystérieuse, ramène une pipe en sucre rouge.
Poil de Carotte rayonne de joie. Il sait ce qu’il lui reste à faire. Bien vite, il veut fumer en présence de ses parents, sous les regards envieux de son grand frère Félix et de sa sœur Ernestine.
Sa pipe de sucre rouge entre deux doigts seulement, il se redresse, incline la tête du côté gauche. Il arrondit la bouche, rentre les joues et aspire avec force et bruit.
Puis, quand il a lancé jusqu’au ciel une énorme bouffée : « Elle est bien bonne, dit-il, elle tire bien. »   

                                                                     Jules RENARD. Poil de Carotte. Editions Flammarion.

Expression:
1-De tous les bons souvenirs que tu as vécus avec tes parents, quel est celui qui t’a le plus marqué ?
2-Tu as reçu un cadeau le jour de ton anniversaire. Raconte son déroulement et ce qui s’est passé ce jour-là, en insistant tout particulièrement sur le moment le plus fort de cette sympathique petite cérémonie.

4-Soyez honnête !

Une dame dans une épicerie. Le vendeur achève de servir un client, lui rend sa monnaie, et vient à elle :
« Que désirez-vous, madame ?
- Rien, monsieur, merci… Euh, je… »
L’épicier la regarde, étonné. La dame, l’air gêné, s’explique :
«  Monsieur, ce matin, je vous ai acheté du sucre et quatre kilos de pomme de terre ; vous vous souvenez ?
- Peut-être !
- Comment, « peut-être » ? Vous ne vous en souvenez plus ? C’était juste au moment où arrivait le camion de grossiste. Il vous a livré du fromage, du beurre et du lait. J’ai attendu qu’il parte pour me faire servir.
- Bon, admettons. Eh bien !
- Vous vous êtes trompé de trois dinars en me rendant la monnaie.
- Ah ! ça, madame, il fallait me le dire tout de suite… »
La dame lève les bras et les laisse retomber, comme pour s’excuser :
« Mais, monsieur, je ne m’en suis pas aperçue. Je n’ai vu votre erreur qu’après mon arrivé chez moi.
- Ah ! pardon, madame ! Quand je vous ai rendu votre monnaie, vous auriez dû faire attention !
- Bien sûr, monsieur, mais…
- Non, madame ! Je regrette, mais maintenant il est trop tard. Au revoir, madame.
- Alors, tant pis, répond la dame tranquillement. Je voulais être honnête, mais, si c’est trop tard, je garde trois dinars… »

                               Manuel de l’élève « Lecture et langue française 5ème année », années 1970.

Expression:
-Tu as eu certainement un jour l’occasion de te comporter d’une façon honnête ou fait tous simplement une bonne action. Raconte où, quel genre d’action et comment ça c’est passé ?

5-La bataille du printemps

En mars les pigeons se disputent : « Faisons un nid, dit Roucou à sa pigeonne.
- Pas encore, c’est trop tôt, répond Roucoulette. Regarde : l’arbre n’a pas de feuilles et vois ces gros nuages qui courent dans le ciel.
- Je te dis qu’il est temps !
- Non, je t’assure.
- Si !
- Non ! »
Là-haut, le soleil et les nuages se disputent aussi : « Laissez-moi me glisser entre vous, demande le soleil…
- Tu ne passeras pas ! Tu ne passeras pas, défendent les nuages. Au secours, le vent ! Aide-nous à nous serrer les uns contre les autres. »
Dans le jardin, la jardinier se dispute avec le merle : «  J’ai semé des petits pois, dit l’homme ; ils vont bientôt sortir de terre.
- Ah ! gredin, c’est toi qui les déterres ; je vais t’attraper ! »
Le lendemain, flûto se fait prendre au piège par la queue, et y laisse deux de ses plus belles plumes.
Tout va mal ; les jacinthes ont froid. Les tulipes se plaignent de ne pouvoir s’ouvrir ; et, dans la terre, toutes les graines enfermées attendent et se lamentent : «  Quand sortirions-nous ? Quand sortirions-nous ? »
Par là-dessus, voilà que les nuages en colère lancent à chaque instant une pluie glacée et des grêlons.
«  Attrapez ! Attrapez ! Pan ! sur cette fleur en bouton ; pan ! sur ce bourgeon ; pan ! sur la tête du pigeon ; pan, pan, pan ! sur le jardinier qui n’est pas rentré assez vite chez lui.
Or, caché on ne sait où, le printemps guette…  « Quelle pagaïe ! murmure-t-il ; il est temps que j’arrive. »
Personne ne l’a vu s’avancer ; et, tout à coup…, il est là.
Alors, comme par magie, Roucou devient aimable et Roucoulette construit son nid. Le vent prend un grand balai et fait fuir les nuages comme des bêtes en déroute. Le soleil n’a plus rien qui le gêne ; il flotte dans l’air ; il s’étend sur la terre ; il pénètre même dans le sol. Le jardinier voit, malgré les larcins de Flûto, ses petits pois grandir, et toutes les plantes se dépêchent de fleurir.  

      D’après Marie-Louise VERT. Contes de Perrette. Chez l’auteur, 127, av.Gambetta, Paris.

Expression:
-Quelle saison préfères-tu ? Imagine qu’elle te parle. Fais le récit de ce qu’elle te rapporte. Raconte ces bienfaits.

6-Le hérisson et la vipère

Un soir, Quipic se réveille, le premier de tous les petits de sa famille. Il se frotte les yeux, lisse ses piquants et quitte le nid. Il aime les promenades et les exploits solitaires. Il rampe sous les buissons, et bientôt tombe en arrêt : «  Tiens ! qu’est-ce que c’est que ça ? Un trou dans le mur ? Mais oui ! »
Il hésite un peu, se glisse dans cette ouverture et débouche dans un pré.
Il explore les lieux, le nez à l’affût. A part quelques bousiers, il n’y a là rien d’intéressant. Voyons plus loin. C’est drôle comme ça grimpe ! Il va atteindre la lisière d’un bois quand, nom d’un piquant ! une vipère !
Elle se tortille tout près de lui. Elle dresse sa tête plate, tire sa langue fourchue et lance des ssss, ssss, ssss furieux. C’est la première vipère de Quipic. Le goût du combat s’éveille en lui. Il hérisse ses piquants, rabat son casque épineux et se jette sur l’ennemie. Ssss ! La vipère le mord à la lèvre. Quipic lèche sa blessure et attaque de nouveau en grognant. «  Ssss, mon venin tue, siffle la vipère. Je te tuerai. » Et ses crochets empoisonnés s’enfoncent une seconde fois dans la gueule de Quipic.
Il n’a pas peur. Son instinct lui dit : « Ne crains rien, le venin des serpents ne fait pas de mal aux hérissons. » De nouveau la vipère s’élance. Crac ! Sa tête s’écrase sous les dents aiguës du hérisson. Quipic est tout essoufflé de son combat. Mais peu à peu sa face se déride, son nez s’allonge, ses piquants s’aplatissent. Il reprend son air doux et confiant. Et tout fier de sa victoire, il se régale longtemps des restes de la vipère.

                                                                             LIDA. Quipic le Hérisson. Editions Flammarion.

Expression:
-Deux enfants jouent. L’un d’eux a triché. C’est la dispute… Fais le récit de ce qui s’est passé. [Où la scène se passe-t-elle ? A quel moment ? A quel jeu les enfants se livrent-ils ?]


bottom