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PORTRAITS PHYSIQUES

1-Une petite fille :

« Elsie est une grande et  droite écolière  de douze ans. Elle a des yeux vert océan, dont les regards sont confiants et raisonnables. Une importante mèche de ses cheveux noirs glisse souvent sur son épaule droite, et voudrait cacher un de ses beaux yeux, mais elle la rejette en arrière d’un geste brusque. »

Valéry LARBAUD

2-La Rochefoucauld, tel qu’il se voyait :

« Je suis d’une taille médiocre, libre et bien proportionnée. J’ai le teint brun mais assez uni ; le front élevé et d’une raisonnable grandeur ; les yeux noirs et épais mais bien tournés. Je serais fort empêché de dire de quelle sorte j’ai le nez fait, car il est ni camus, ni aquilin, ni gros, ni pointu, au moins à ce que je crois :  tout ce que je sais  c’est qu’il est plutôt  grand que petit et  qu’il descend  un peu trop bas. J’ai la bouche grande et les lèvres assez rouges d’ordinaire et ni bien, ni mal taillées. J’ai les dents blanches et passablement  bien rangées. On m’a dit  autrefois  que j’avais  un peu trop  de menton ! Je viens  de me regarder dans le miroir pour savoir ce qu’il en est et je ne sais pas trop bien qu’en juger… »

3-Un marchand de journaux

Aujourd’hui, c’est jeudi. Il est quatre heures. Je viens de finir mes devoirs et je sors pour aller me promener. « Demandez    France-Soir,     Paris-Presse,     Le  Monde… » Je suis attiré par ces cris. Un homme fort, d’une quarantaine  d’années, marche rapidement dans la rue, tenant dans ses bras des journaux. Vêtu d’une canadienne beige aux boutons de bois, il porte une casquette Inclinée sur l’oreille, d’où échappent  des cheveux grisonnants  qui flottent sur son front ridé. Des sourcils épais durcissent  sa figure allongée. Son grand  nez  crochu lui  donne un  air comique. Il marche toujours, hurlant dans la rue : « Demandez les derniers résultats sportifs, les quarts de finale de la coupe de France. »

M.MALLET (Collection BORDAS)

4-Jeune, mais déjà vieille

Dans  son visage aux chairs  sans vigueur, des rides profondes  s’étaient installées, bien qu’elle n’eût pas beaucoup plus de quarante ans. Ses cheveux,  qu’elle  portait  en chignon,  découvraient  une  nuque  large ; ses bras, son buste, tout son corps gonflaient  ses vêtements … Elle tirait  son aiguille par un geste soigneux de sa main ronde et paraissait  absorbée par ce travail. Lorsqu’elle  rompait le silence pour adresser quelques paroles  à  sa  fille,  elle  donnait  l’impression d’être  le  fruit  d’une  méditation.  Presque  toujours  elle commençait par « il faut » ou par toute autre expression traduisant  l’idée de nécessité. »

Julien GREEN

5-Portrait d’Homo Erectus

D’Homo Erectus,  l’homme qui  a su  maîtriser le feu,  nous connaissons  surtout  le crâne.  Sa tête,  aux parois très épaisses, est aplatie,  et sa boîte crânienne petite, par rapport  à la face, large et basse. Un énorme bourrelet osseux précède le front,  presque inexistant. Les mâchoires,  projetées  en avant  et dépourvues de menton, portent de grosses dents. Sous ce faciès massif, le corps d’Homo Erectus ne différait guère du nôtre que par l’extraordinaire robustesse des os.

Jean-Jacques HUBLIN « Les premiers hommes »

PORTRAITS MORAUX

1-Jean Malpropre

Je connais un garçon peu soigneux qu’on appelle Jean Malpropre. Il a horreur de l’eau et du savon. Il se lave rarement ; ses mains sont sales  et ses ongles noirs de crasse. Ses chaussettes sont si puantes qu’on sent l’odeur à plus de vingt mètres.
Ses livres  mal couverts  traînent  sur  le plancher,  ses  souliers  crottés  sont sur  la table. C’est  un beau désordre.

«  Le français par les choses et par les images »

2-Le paresseux

Il n’est bon à rien. Les affaires l’ennuient, la lecture sérieuse le fatigue. Il faudrait lui faire passer sa vie sur un lit de repos. Travaille-t-il ? Les moments  lui paraissent  des heures. S’amuse-t-il ?  Les heures ne lui paraissent plus que des moments…Demandez-lui ce qu’il a fait de sa matinée : il n’en sait rien, car il a vécu sans songer  s’il vivait ;  il a dormi le plus tard  qu’il a pu,  s’est habillé  fort lentement,  a parlé  au premier venu, a fait plusieurs tours dans sa chambre… Encore une fois un tel homme n’est bon à rien.

FENELON

3-Le distrait

Ménalque descend  son escalier,  ouvre sa  porte  pour sortir ;  il la referme ;  il s’aperçoit  qu’il est en bonnet de nuit, et venant à mieux s’examiner, il se trouve rasé à moitié… Il demande ses gants qu’il a à la main...
S’il va par la ville, après avoir fait quelque chemin, il se croit égaré, il s’émeut, et il demande où il est à des passants,  qui lui disent  précisément  le nom de sa rue.  Il entre ensuite  dans sa maison, d’où  il sort précipitamment, croyant qu’il s’est trompé.

La Bruyère

4-Pascal est sans-gêne

Il prend sur un banc la meilleure place et s’étale, mange un fruit et jette l’épluchure sur le trottoir, se promène avec un transistor qui hurle, bouscule les gens au passage.

5-Deux frères différents

Autant mon père était travailleur,  autant mon  oncle était paresseux. Il ne lisait ni revu e, ni journal. Il se dissimulait dans un coin  où il ne risquait pas  d’être dérangé  et fumait sa cigarette en chantonnant.  Chaque été,  pendant les grandes chaleurs  avait lieu  le battage  de blé  avec une machine  qui  passait  de ferme  en ferme. Mon père,  tout en  sueur, travaillait  autour  de la batteuse. Mon oncle, lui, avait mille  ruses pour se dérober.

D’après C. Sainte-Soline, « Les années fraîches »

6-Enfant désorganisé

Avait-il besoin d’un col propre, il bouleversait toute une armoire, transportait sur son lit, une pile de chemises.
Voulait-il changer de souliers, il lui fallait passer une demi-heure à fouiller les placards, ou bien à passer un balai sous son lit, où ils eussent pu, par inadvertance, être projetés.
Le plus souvent, il les trouvait à la cuisine, sur une étagère où il se souvenait, en effet, de les avoir mis à sécher.

Guy MAZELINE

7-Driss Belkhodja

Driss Belkhodja, un grand garçon bête et fier, n’exhibait à chaque récréation pas seulement du pain, ce qui était déjà beaucoup,  mais encore  des gâteaux et des confiseries. Il s’adossait à un mur, ses protecteurs autour de lui, et s’empiffrait posément. De temps en temps, quelqu’un se baissait pour ramasser des miettes qui tombaient. On n’avait jamais vu Driss faire le geste de donner : Omar ne comprenait pas pourquoi tous l’entouraient ainsi.  Etait-ce l’obscur respect que  leur inspirait  un être qui mangeait à sa faim ? Etaient-ils fascinés par la puissance sacrée, incarnée en cet enfant mou et sot ?
Driss avait  un camarade  qui se chargeait  de son sac de cuir,  à broderie d’argent et d’or,  à la sortie de quatre heures. D’autres,  quand approchait  l’heure d’entrer  en classe,  allaient  le chercher  et  lui tenaient compagnie en chemin. Ils ne se séparaient de lui que lorsque la cloche sonnait.
Il avait  coutume  d’acheter  des torraïcos,  de la galentita,  il possédait  même  de l’argent !  Aux petits marchands  qui s’installaient  dans la  rue noire  d’écoliers,  un peu avant  une heure,  il prenait cinq ou six cornets  de torraïcos, distribuait  un grain à chacun  de ses compagnons.  Si ceux-ci  se plaignaient,  ou se moquaient,  il criait  plus  fort qu’eux :  « Et moi,  que va-t-il me rester ?  Vous voulez  que je vous  donne tout ? »  

D’après Mohamed DID, La Grande Maison.


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